Bien écrire, c’est d’abord trouver des idées et brouillonner

Au diable la recherche d’idées ! Pour beaucoup d’entre nous, écrire un texte, c’est un peu comme se jeter à l’eau. On saute d’abord, ensuite on se débrouille pour nager, faire la planche ou le canard et réussir à atteindre l’autre rive.

Deux exemples pour illustrer ce que je veux dire :

Exemple 1 – « Concernant l’externalisation des archives, s’effectue depuis deux-trois ans un travail en équipe transversale pour ranger, avec appel à une entreprise extérieure, notamment pour la mise à la benne de documents comptables qu’il n’est plus nécessaire de conserver légalement à terme échu (5 ans) ; il y a eu refonte des dossiers suspendus ; mais les dossiers RH grossissent et il est souhaité les conserver sur place car des salariés, même retraités, peuvent demander des renseignements y compris après leur départ de l’entreprise ».
 Exemple 2 – « Acquérir une méthodologie pour la rédaction des écrits professionnels en relation avec l’objectif recherché sur chaque élément de traçabilité et l’attente des destinataires, professionnels membres de l’équipe interdisciplinaire et acteurs externes ».

Ces exemples, pourtant de nature très différente (le premier est un extrait d’un compte rendu d’audit et l’autre l’introduction d’une formation professionnelle) achoppent sur la même faiblesse : une idée pousse l’autre. Un peu comme si le rédacteur avait écrit d’une traite toutes les informations qui lui sont venues à l’esprit.
Du coup, on obtient un texte qu’il faut relire plusieurs fois pour être sûr d’en comprendre le sens. Autrement dit, c’est au lecteur de deviner de que l’auteur a voulu dire ! Or, en contexte professionnel, c’est toujours à l’auteur de faire l’effort d’être clair.

L’exemple suivant montre que l’auteur du texte a commencé à écrire. Puis, il s’est soudainement souvenu qu’il devait intégrer une nouvelle information… Celle-ci a été purement et simplement « plaquée » sans même prendre la peine de faire une phrase !

Pour bien écrire au travail, il faut réléchir avant d'écrire.

Comme quoi :

  • réfléchir à ce qu’on pourrait écrire, et
  • écrire en même temps les résultats de cette réflexion,

Cela ne va pas de soi.

 

Impossible de chercher des idées et d’écrire en même temps

… Sauf peut-être en écriture créative pure, mais ce type d’écriture n’est pas l’objet de ce blog.
Le cerveau humain impose, dans la majorité des situations, de ne traiter qu’une seule tâche à la fois. Car ses ressources sont limitées. On pense réaliser deux tâches en même temps. En fait, notre cerveau exécute ces tâches l’une après l’autre (bien sûr, à l’échelle du cerveau, le temps d’exécution ne dure que quelques dizaines de millisecondes). Mais, encore faut-il que les tâches soient routinières. Par exemple, envoyer des SMS tout en regardant sa série préférée à la télé. Aucune de ces deux activités n’exige trop de concentration et le cerveau arrive à les gérer sans problème. Ce qui ne sera probablement plus le cas, si on « textote » en conduisant une voiture…

Bien écrire au travail implique d'd'avoir des idées avant de rédiger le premier mot.
Réfléchir et écrire en même temps est une opération compliquée pour notre cerveau. La qualité de l’une se fera le plus souvent au détriment de l’autre… voire des deux (voir les exemples au début de ce billet !).

Or, l’opération d’écriture est une opération complexe. Si complexe qu’il est pratiquement impossible d’avoir des idées et en même temps de les transcrire en phrases sensées. Pour notre cerveau, cela revient à faire deux opérations contradictoires. Possible pour les meilleurs n’entre-nous mais éprouvant.

 

Trouver des idées, c’est le job du cerveau droit !

Or que fait la majorité de celles et ceux qui doivent à tout prix écrire un texte ?
Ils se jettent sur le clavier de l’ordinateur, cherchent les touches en même temps que les idées pour leur texte, tout en se demandant combien « parallèlement » prend de « r » et « l« … Impossible pour notre cerveau de faire tout cela (correctement) en même temps.

Alors qu’il est au contraire parfaitement adapté pour une écriture en quatre temps :

  1. Trouver des idées et brouillonner.
  2. Structurer le contenu, l’argumentation.
  3. Réviser la langue et le style.
  4. Mettre le texte en page.

Trouver des idées et brouillonner, c’est le job de l’hémisphère droit de notre cerveau.
Tout le reste est essentiellement assuré par l’hémisphère gauche. Cerveau gauche, cerveau droit, j’en ai déjà parlé ici.

Bien écrire au travail, c'est aussi une histoire de cerveau.
L’hémisphère droit traite l’information de manière holistique, en un seul bloc. C’est le spécialiste de l’écriture créative, celle qui fait émerger les idées, « en vrac », sans s’encombrer de détails. L’autre, le gauche, est le spécialiste de l’écriture analytique, celle qui s’intéresse à la structure et à l’argumentation.

 

Ce qu’il faut retenir

Faire venir les idées et dans le même temps les transcrire sous formes de phrases, c’est prendre le risque d’un texte qui va manquer de lisibilité (cf. les exemples au début de ce billet).

Mieux vaut bien consacrer un temps dédié à la phase « idées et brouillon ».
Chacun sa méthode pour mobiliser son cerveau droit. Moi, avant de démarrer un texte, j’ai l’habitude de griffonner une carte mentale (ou « mind map« ). Au centre, le point de départ de mon écrit (mot, phrase) et ensuite j’écris toutes les idées qui me viennent à l’esprit. Le principe de la carte conceptuelle, c’est qu’une idée en attire une autre. Ainsi, j’obtiens assez vite du matériau pour bâtir mon écrit.

« Dessiner » une carte conceptuelle s’inspire du fonctionnement du cerveau. Celui-ci n’empile pas les idées les unes par-dessus les autres mais fonctionne par association de mots et d’idées.

Dessiner une mind map peut aider à bien écrire au travail.
Je fais mes cartes à la main : le geste d’écriture donne une grande ouverture à la créativité (il est prouvé que cela augmente l’activité neuronale). J’écris tout ce qui me passe par la tête. Dans un second temps, le regroupement des idées va amener l’ébauche d’un plan.

 

Il y a plusieurs façons d’appeler les idées :

  • le questionnement de Quintilien : Pourquoi (ou pour quoi ?) / Qui / Quoi / Quand / Où / Comment / Combien ?
  • la chronologie des faits
  • les catégories : aspects sociaux, économiques, politiques,…
  • l’opposition : oui/non, pour/contre

 

Croyez-moi, si vous avez un texte à écrire, ne vous jetez pas sur le clavier ! Avant tout, trouvez des idées et brouillonnez ! Ou comme l’écrivait si bien le poète Boileau : « Avant donc que d’écrire, apprenez à penser« .

Et vous, faire un brouillon fait-il partie de vos habitudes d’écriture ?

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