Comment lit notre cerveau d’humain ?

Comment lit notre cerveau d’humain alors qu’il n’est « conçu » ni pour lire, ni pour écrire ?

Savez-vous, qu’en matière de communication, notre cerveau est uniquement adapté au langage oral ? Logique, quand on sait que cela fait 2 millions d’années que les humains parlent ! Durant tout ce temps, leur cerveau s’est modifié et s’est progressivement adapté pour prendre en charge le langage oral.
Quant au langage écrit, il est apparu il y a environ 4000 ans. Un laps de temps très court à l’échelle de l’évolution. Notre cerveau n’a pas (encore ?) changé …
Si bien qu’aujourd’hui encore, nous venons au monde avec le même cerveau que nos ancêtres Homo Sapiens d’il y a 50 000 ans.
Autrement dit, avec un cerveau biologiquement conçu pour parler, grâce :

  • à l’aire visuelle dans le lobe occipital ;
  • aux aires du langage situées dans le lobe temporal (aire de Wernicke ) et dans le lobe frontal (aire de Broca).

Mais un cerveau sans aire dédiée ni à la lecture, ni à l’écriture. C’est pourquoi, le langage oral est inné, alors que la lecture et l’écriture sont toujours le résultat d’un long apprentissage.

Comment lit notre cerveau ?
Pas d’aire de lecture dans le cerveau humain ! Pour pouvoir lire, notre cerveau a appris a détourner les aires dédiées à la vision et celles dédiées au langage.

Comment lit notre cerveau ?

Comment lit notre cerveau est une question occupe une grande partie du propos de  Stanislas Dehaene, dans son ouvrage  « Les neurones de la lecture « , paru aux Éditions Odile Jacob (2007). Selon lui, comme notre cerveau ne dispose pas d’aire de lecture, il en a « détourné » certains circuits cérébraux. C’est la théorie du recyclage neuronal que défend cet auteur : « Apprendre à lire consiste à recycler un morceau de ce cortex (visuel) afin qu’une partie des neurones qui s’y trouvent réorientent leurs préférences vers la reconnaissance des lettres« .
Cette partie de neurones, c’est l’aire de la forme visuelle des mots.

Cette aire qui correspond à la région occipito-temporale gauche reconnaît la forme visuelle des mots. Mais comme elle n’en comprend pas le sens, elle distribue ensuite les informations visuelles à de nombreuses régions de l’hémisphère gauche.

Ces régions ne sont pas spécifiques à la lecture mais sont celles utilisées pour le langage parlé  : l’aire de Wernicke, zone de la compréhension des mots et l’aire de Broca, zone de production et de l’expression des mots.
Voilà comment lit le cerveau, grâce à cette étonnante reconversion des circuits cérébraux allant de la vision vers le langage.

Comment lit notre cerveau ? Grâce au recyclage neuronal.
Schéma de la lecture selon Stanislas Dehaene (Comment l’apprentissage de la lecture modifie-t-il les circuits cérébraux? )

Ce qui m’a pris environ 500 mots pour expliquer comment le cerveau fait pour lire, ne prend dans la réalité que quelques dixièmes de seconde.

  • Entre l’apparition du mot sur la rétine de l’œil et l’activation de toutes les régions du cerveau nécessaires à son décryptage puis à l’accès au sens, il se passe … 1/4 de seconde !

Quel lien entre la façon dont lit le cerveau et l’écriture ?

Vous vous demandez surement en quoi comprendre comment lit notre cerveau peut nous permettre d’améliorer nos écrits de travail. En deux mots :

  • il faut préférer les mots connus ;
  • il faut préférer les mots courts.

Imaginons que l’œil perçoive :

  • un mot inconnu, comme par exemple « brehaigne« . Dans ce cas, l’œil envoie des signes (dessin des lettres) à notre cerveau. Celui-ci ne trouve pas de correspondance immédiate avec un mot déjà stocké dans sa base lexicale. Il faut relire le mot : l’œil revient en arrière et le cerveau procède alors à une lecture syllabique : brehaigne ;
    Dans ce processus inconscient, l’aire auditive est sollicitée : nous cherchons une correspondance entre les signes et un son. Bref, nous faisons comme au temps au nous apprenions à lire, c’est-à-dire la recherche systématique des correspondances entre les sons du langage et le dessin des signes. Ce processus est inconscient mais si votre lecteur ne déduit pas le sens du mot en fonction du contexte de l’écrit, non seulement il aura perdu du temps (relire le mot) mais en plus il sera contrarié. Un lecteur, même expérimenté, veut comprendre ce qu’il lit sans fournir d’effort particulier.
  • un mot long, comme « cinématographiquement« . Dans ce cas, le processus est exactement le même. Le cerveau lit les syllabes : ci-né-ma-to-gra-phi-que-ment. C’est un mot dont le sens est connu de la base lexicale de notre cerveau. Pas de problème de ce côté. Cependant, la décomposition en syllabes va obliger le cerveau à utiliser sa mémoire de travail pour stocker les informations (par exemple les autres mots de la phrase) le temps d’établir la correspondance son/signes de ci-né-ma-to-gra-phi-que-ment puis d’accéder à son sens. Si l’opération de mémorisation dure au delà de 2 secondes,le lecteur ne se souviendra pas du début de la phrase contenant « cinématographiquement » (lire mon billet consacré à la mémoire de travail).

Décoder un mot syllabe par syllabe, c’est isoler et « traiter » un son de façon isolée de façon à en retrouver le sens.
Allez, un dernier exemple pour comprendre comment le processus de syllabisation ralentit la lecture : notre cerveau y recourt inconsciemment à chaque fois qu’il rencontre un « mot » qui ne fait pas sens.

bien-écrire au travail.
Vous reconnaissez le célébrissime langage SMS. Pour espérer comprendre le sens de « NRV, Gnial, rapL » ou encore « d1, 2m1, al1di mat1« , pas d’autre choix que de les prononcer pour trouver une correspondance entre les signes et un son afin d’en décoder le sens.

Conclusion : facilitons la tâche de notre lecteur. Privilégions :

  1. un mot connu à un mot inconnu ;
  2. un mot court a un mot long.

Qu’en pensez-vous ?

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