La langue de bois : la meilleure façon de se décrédibiliser

En ce mois d’élections législatives, et après avoir (tenté) d’écouter les discours de certains de nos nouveaux élus, je vous propose un petit billet autour d’une expression bienvenue : « la langue de bois« .

Il s’agit, selon le Petit Larousse d’une « manière rigide de s’exprimer en multipliant les stéréotypes et les formules figées, notamment en politique« .

Bref, la langue de bois, c’est cette manie d’employer des mots prétentieux que l’on ne comprend pas toujours ou encore de construire des phrases emberlificotées qui finalement ne signifient pas grand chose… ou au contraire dont le sens est si évident que quelques mots auraient suffit !

Il faut bien reconnaître que c’est la façon de s’exprimer de nombre de politiciens ou de technocrates et spécialistes en tous genres (cf. certains témoignages comme celui de Marlène Schiappa dans son livre « Marianne est déchaînée »  (2016, Editions Stock).

Pour autant, le monde de l’entreprise n’y échappe plus. La langue de bois permet d’aborder les sujets ou les questions gênants. En fait, ne rien dire de trop précis, mais le dire avec aplomb. C’est la stratégie de l’échappatoire et de l’évitement.

Exemples de phrases qui virent au jargon avec ce tableau spécial “langue de bois” extrait du livre de Georges Charpak et Henri Broch « Devenez sorciers, Devenez savants » (2003, Editions Odile Jacob) :

bien-écrire-au travail : de l'importance d'écrire clairement
Ce simple tableau, ce sont des milliers de possibilités de rédiger un discours ; chacun d’entre-eux pouvant être constitué en prenant une phrase au hasard, de gauche à droite, dans chaque colonne.

 

Bien écrire au travail
Source : le blog de la sémio

A noter une autre langue moins connue mais très populaire depuis les précédentes élections (celles de 2012) : la langue de coton qui est utilisée pour mettre tout le monde d’accord. C’est la caractéristique du discours remplis de promesses et de bonnes intentions. Des phrases consensuelles et creuses. Un discours rassurant (voire anesthésiant), chaud, moelleux, apaisant qui fait oublier sa totale insignifiance.

On doit cette expression à François Bernard Huyghe, auteur de  « La Langue de coton » (1991, Editions Robert Laffont).

La langue de bois : à oublier au profit d’un texte clair et simple

Alors que justement, un texte clair élimine tout ce qui est superflu ou inutile à sa bonne compréhension. En effet, les paragraphes sans intérêt et les phrases longues et complexes décrédibilisent totalement le message (et au passage son auteur). Ces écrits sont souvent qualifiés de “jargonneux”.

Un auteur a tout intérêt à écrire clairement et simplement, car il y a rarement une deuxième chance avec un écrit. En effet, si dans une conversation orale, notre interlocuteur peut tout de suite nous interrompre pour nous demander de préciser notre message, ce n’est plus possible lorsque le lecteur se trouve devant un texte écrit. En contexte professionnel, il est essentiel d’exprimer clairement sa pensée.
A oublier donc, toute forme de style qui pourrait s’apparenter à de la langue de bois, cette “langue écologique qui ne pollue pas la pensée dans la mesure où elle n’en contient pas.” (Jean-Michel Ribes).

 

Pour aller plus loin : De la langue de bois au parler vrai, en passant par le politiquement correct : définitions, histoire et marqueurs linguistiques.

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