Qu’est-ce qu’un texte bien présenté ?

Qu’est-ce qu’un texte bien présenté ? Cette question s’inscrit dans la continuité de mon billet précédent et en complément des « 7 conseils de mise en page » de ce billet.
Pour répondre à cette question, j’ai choisi de partager avec vous « 8 lois d’un texte bien présenté« . Il s’agit d’un magistral enseignement de François Richaudeau [1], éditeur-auteur de recherches sur l’écrit et le comportement de lecture. C’est aussi l’un des plus grands spécialistes français rapports entre la typographie et la lecture.

On oublie trop souvent que ce texte écrit sur lequel on a passé tant de temps pour le construire, le structurer, le rédiger et le relire ne sera vraiment achevé que lorsque les règles en matière de typographie seront mises en place. La typographie est l’art et la manière de concevoir et de se servir des caractères dans un but esthétique et pratique (choix de la police, mise en page).
Oublier les lois de la typographie, c’est oublier qu’un écrit professionnel est un acte de communication, c’est oublier que la forme permet une meilleure considération du contenu. Simplement parce que la valeur du contenu d’un écrit (factuel) est renforcée par ce que le destinataire en perçoit (émotionnel).

L’internet regorge de conseils sur ce sujet mais pour ma part, je pense que l’on a jamais rien fait de mieux que les 8 lois d’un texte bien présenté inspirées par Richaudeau dans son ouvrage « Manuel de typographie et de mise en page« . Pour tout ce qui concerne les textes d’une certaine longueur, les scripteurs ou rédacteurs que nous sommes ont tout intérêt à les respecter. En effet, elles sont tout à fait adaptées aux techniques de lecture – survol et / ou balayage – d’un lecteur professionnel.

En contexte professionnel, l’objectif d’un texte bien présenté est d’abord de faciliter la lecture de son destinataire. Les considérations esthétiques (qui sont souvent celles du scripteur) doivent rester secondaires.

 

Première loi d’un texte bien présenté : le parcours de l’œil

L’œil du lecteur occidental – ou du lecteur influencé par cette culture – a été conditionné à explorer la page imprimée, de haut en bas et de gauche à droite.

C’est pour cette raison, il est préférable, par exemple, de placer un titre de chapitre en haut de page. Pour la même raison, il est souhaitable d’aligner les intertitres de ce même chapitre sur la gauche de la page, éventuellement au centre, mais pas sur la droite.

Bien écrire au travail : les 8 lois d'un texte bien présenté
Le parcours de l’œil occidental est conditionné pour lire de gauche à droite et de haut en bas.

Deuxième loi d’un texte bien présenté : le gros et le gras attirent l’œil

L’œil du lecteur en recherche d’informations au sein d’une page est naturellement attiré par ce qui est visuellement « fort », gros. Cette force peut être obtenue typographiquement :

  • soit dans le cas d’une ou deux lignes isolées par l’utilisation de gros caractères. C’est pourquoi les titres et intertitres sont composés dans des gros corps ;
  • soit dans le cas d’un bloc typographique de plusieurs lignes par la recherche d’une couleur typographique plus intense, plus noire. Ainsi, souvent les présentations et les conclusions sont composées dans des caractères plus gras que ceux du texte principal.
Bien écrire au travail : les 8 lois d'un texte bien présenté
Pour être lus de façon certaine, les éléments importants comme les titres et les sous-titres doivent être écrits dans une police plus visible (plus grosse, plus noire) que le reste du texte.

Troisième loi d’un texte bien présenté : vive le blanc !

Le choix du lecteur entre les blocs typographiques de la page (ou de la double page) est donc animé – inconsciemment dirigé – par leurs différences de force, de couleur typographique, par leurs contrastes. Mais la perception de ces contrastes peut être aussi profondément influencée et même modifiée par l’environnement de ces blocs typographiques. L’environnement, ce sont notamment les blancs qui entourent les blocs de texte.

Ainsi, une ligne en corps 9 au centre d’une page blanche est plus forte, « mieux vue » qu’un intertitre en corps 18 compressé, sans espacement entre les lignes d’une page de texte composé en corps 12 compact. Sans aller aussi loin que dans cet exemple, il est possible, dans de très nombreux cas, de mettre en valeur des blocs typographiques sans jouer sur leur corps ou leur graisse, simplement en les faisant ressortir par les jeux des blancs qui les entourent.

Bien écrire au travail : les 8 lois d'un texte bien présenté
L’espace blanc attire l’œil et lui offre un espace de repos. Au contraire, l’absence de blanc crée une présentation oppressante devant laquelle le lecteur peut se sentir écrasé.

Quatrième loi d’un texte bien présenté : moins c’est mieux !

Les capacités de discrimination de l’œil entre les hiérarchies typographiques au sein d’une même page sont limitées. Si les procédés décrits plus haut sont utilisés trop abondamment au sein d’une même page, l’œil sera perdu. Face à une profusion de composants typographiques variés, il ne discernera plus leurs différences et accordera la même importance à tous les éléments de cette page.

La mise en page efficace est toujours caractérisée par une économie de moyens. Inutile donc d’utiliser de multiples styles, corps et graisses de caractères non seulement dans une même page mais aussi dans un même ouvrage.

 

Cinquième loi d’un texte bien présenté : l’important en haut à droite

Si le lecteur doit chercher ses informations non plus au sein d’une page (ou d’une double page) mais entre les pages d’un livre, en feuilletant celui-ci, il recherche en priorité ses informations :

  • en haut des pages,
  • à droite des pages de droite (celles qui sont paginées avec des nombres impairs),
  • et à la rigueur à gauche des pages de gauche (celles paginées avec des nombres pairs).
Bien écrire au travail : les 8 lois d'un texte bien présenté
Certains emplacement sont stratégiques car ils sont sûrs d’être vus par le lecteur. Ils sont donc à privilégier pour y positionner des informations importantes.

Sixième loi d’un texte bien présenté: la force d’attraction des images

Plus une illustration est grande, plus elle attire l’attention du lecteur. Alors qu’un bloc de six lignes n’attire pas plus l’œil du lecteur qu’un bloc de trois lignes.

 

Septième loi d’un texte bien présenté : des images en couleur de préférence

Une illustration en couleurs attire plus l’attention qu’une illustration en noir.

 

Huitième et dernière loi d’un texte bien présenté

Les sept traits qui précèdent peuvent naturellement s’additionner partiellement et renforcer d’autant leurs effets.  Mais dans certains cas, une utilisation ingénieuse des contrastes peut atténuer ou même contredire l’effet de certains de ces traits.

Ainsi une illustration noire de format réduit, accompagnée d’un court commentaire et placée seule (avec le commentaire) dans une page blanche, frappera plus que huit illustrations couleurs sur la page voisine, placées les unes contre les autres sans blanc pour les séparer.

 

Pour conclure : respecter les 8 lois d’un texte bien présenté de Richaudeau, c’est s’assurer d’une écriture adaptée aux techniques de lecture. Autrement dit le survol et/ou le balayage que tout lecteur professionnel met en oeuvre. C’est donc donner plus de chance « d’attirer » le lecteur dans le texte et de l’inciter à en faire une lecture plus approfondie.

 

Même si cela ne saute pas aux yeux, on a toujours intérêt à bien présenter un texte lorsqu’il s’agit d’un écrit de travail. Évidemment, nul texte sans aucun intérêt sera « sauvé » par une belle mise en page. Mais cette dernière a curieusement la faculté de rendre l’auteur, le scripteur beaucoup plus crédible aux yeux du lecteur. La forme vient alors renforcer l’impact du fond.

Je ne résiste pas au plaisir de citer une nouvelle fois John Molloy, écrivain du XIXème siècle : « Vous ne pouvez jamais avoir une deuxième chance de faire une bonne première impression. »

Et vous, en tant que lecteur, êtes-vous sensible à une belle présentation ? Ou bien seul le contenu vous intéresse-t-il ?

[1] Richaudeau F., Manuel de typographie et de mise en page, Éditions Retz, 1989, rééd. 1993, 2005.

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