Comment le cerveau lit un mot qui n’existe pas ! (2/2)

Je vous propose, dans la continuité de mon précédent billet, d’essayer de comprendre comment votre cerveau lit un texte.

Quand votre œil découvre un texte, il ne lit absolument rien du tout. Il ne fait que parcourir le texte un peu comme un scanner, pour trouver des formes, des indices qui vont permettre au cerveau droit, celui qui intuitif, global, créatif, de collecter suffisamment d’informations qu’il va envoyer au cerveau gauche, celui qui est logique et séquentiel, pour que ce dernier les analyse et enfin les lise.

Nous avons déjà vu que le cerveau droit est très intuitif, qu’il procède par ressemblance et comparaison avec des objets similaires qu’il a déjà vus dans le passé. Voici un exemple de ce dont il est capable.

La lecture : une affaire d’anticipation

Regardez cette phrase extraite d’un courrier que j’ai reçu récemment, après avoir effectué un achat en ligne : il manque un mot.

Attention. Le retrait doit-être effectué par le titulaire de la .... bancaire ayant servi au paiement"
Notre cerveau est capable de lire un mot qui n’est pas écrit !

A la place des …., vous avez sans doute déjà « vu » le mot manquant : « carte« .

Comment, le cerveau peut-il lire un mot qui n’existe pas ?

En fait, inconsciemment, vous et surtout votre cerveau droit avez repéré des indices de sens, donné par le contexte.

  • Le contexte, c’est ce qui permet au cerveau de situer le plus précisément possible le texte dans l’univers des écrits : un article de journal ? un courrier publicitaire ? une lettre de relance ? une recette de cuisine ?

On est ici dans le contexte d’une transaction commerciale, ce que vous avez compris sans même savoir que ce texte est un extrait d’un courrier suivant un achat. Merci cerveau droit !

Cela vous a incité à choisir le mot le plus probable, à savoir le mot « carte » en excluant du même coup beaucoup d’autres mots comme raquette, sacoche, assiette… Et même des mots utilisant presque les mêmes signes, les mêmes lettres comme carpe ou cape.

Ensuite, il y a eu un indice syntaxique.

  • Cet indice syntaxique a été donné avec l’utilisation de « la« . « La » est un article qui appelle nécessairement un mot féminin. Du coup, vous avez exclu le mot chèque, qui était un autre moyen de paiement tout a fait plausible dans le contexte …. Mais « chèque » étant du genre masculin, c’est une option que n’a pas retenu votre cerveau !
    Ici, c’est votre cerveau gauche qui a le plus travaillé, puisque c’est lui qui est dépositaire de toute la banque de données de mots et d’expressions que vous connaissez.

Vous avez aussi été aidé par la structure de la phrase.

  • « Bancaire » étant un adjectif, votre cerveau a, toujours inconsciemment, recherché un nom et non un verbe ou un adverbe ou un prénom, etc.

Le cerveau recherche toujours les indices prédictifs qui vont lui permettre de faire des hypothèses sur ce qui va être lu, à partir de ce qui déjà lu (ou vu). Et voila comment votre cerveau a été capable de lire un mot qui n’est pas écrit. Évidemment, cet exemple peut paraître relativement simpliste. Cependant, quel que soit le texte à lire, c’est toujours comme ça que fonctionne le cerveau d’un lecteur expérimenté (et en matière d’écrits professionnels, on peut supposer que le lecteur de vos écrits de travail est effectivement un professionnel expérimenté).

Et vous, ça vous inspire quoi, cette histoire de cerveau ?

4 commentaires

  1. Philippe

    Le cerveau lit-il un mot qui n’existe pas ou ne fait-il que l’anticiper ?

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    • Bien vu Philippe. Effectivement, quand nous lisons, notre cerveau via le balayage de notre oeil ne fait qu’anticiper, c’est-à-dire poser des hypothèses sur les mots qu’il parcourt. C’est d’ailleurs pourquoi, il est conseillé d’utiliser des mots courts, et du vocabulaire usuel. On a ainsi plus de chances que notre cerveau « anticipe bien ». C’est-à-dire que le mot « supposé » est bien le mot qui figure dans le texte.

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  2. Léa Poirier

    Mais utiliser du vocabulaire « simple » pour « aider » le cerveau, n’est-ce pas perdre en précision ? Par exemple, si j’utilise du vocabulaire plus complexe, je peux me permettre d’écrire des phrases plus courtes. Les phrases courtes et simples ne sont-elles pas une perte de pertinence du message ?
    Merci de votre réponse,
    Léa

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    • Bonjour et merci de votre enthousiasme pour le « bien-écrire » !
      Concernant la première partie de votre question sur la complexité de mots, je ne vois qu’une réponse ; et c’est une question : qui est votre lecteur ? Si c’est un spécialiste, un technicien, un expert, alors oui, on peut utiliser le mot le plus précis ou le plus complexe. Car précis ou complexe, il restera « compatible » avec sa culture.

      Par exemple, la « rupture paradigmatique » sierra à un directeur de thèse tandis que le « changement de modèle » conviendra mieux à un lecteur, disons … plus « moyen » (pour en savoir plus sur l’utilisation du mot paradigme, je vous conseille ce billet très sympathique trouvé dans « le Mag » du Monde).
      Sinon, entre deux mots, choisissez toujours celui qui sera le plus facilement reconnu par votre lecteur. C’est votre meilleure chance de produire un texte efficace ; c’est-à-dire un texte lu (jusqu’au bout), compris et donc mémorisé.
      Et ceci répond en partie à la seconde partie de votre question. Des phrases courtes et simples sont celles qui vont le plus facilement être mémorisées par le cerveau et donc lui permettre de comprendre assez vite la situation d’écriture. Cela dit, un texte qui serait exclusivement composé de phrases courtes et simples serait ennuyeux pour le lecteur. Il fut donc varier leur longueur et leur construction. Comme indiqué dans un de mes précédents billets, c’est une question de moyenne.

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